L'exposition




L’exposition cherche à élucider ce qui se déroule habituellement dans les « coulisses » de la recherche et ce, dans le but de rendre intelligible tout à la fois le processus de recherche, ses contradictions et de révéler les liens qui se trament entre les coulisses et les résultats. Ce qui est présenté habituellement au public au travers des ouvrages, rapports de recherche, conférences, articles n’est pas exactement ce qui sera exposé ici, ou du moins pas seulement. Les résultats publics de la recherche seront confrontés à leur élaboration, permettront au spectateur de saisir par lui-même le moment où se sont entrelacés échecs, impasses, intuitions, et émergences des théories ancrées pour faire advenir les interprétations. La démarche sera exposée dans la temporalité propre de la recherche qui ne relève pas d’un processus linéaire mais se réalise dans les détours, impasses, chemins de traverse et aller-retour incessant entre le terrain, les échanges et confrontations des données et interprétations des chercheurs et le bureau du chercheur. L’implication dans le projet et l’engouement des chercheurs, français et étrangers, a enrichi le fond des matériaux exposés : chacun a accepté d’apporter sa contribution en fournissant des matériaux de recherche personnels, permettant de rendre plus humain et sensible le rapport du chercheur à son objet de recherche.

 

Le propos n’est pourtant pas de mettre à nu le processus de recherche, de le rendre transparent -ce qui ne serait qu’illusion- mais de le valoriser en le rendant préhensible par les visiteurs de l’exposition. Il y a bien sûr un objectif pédagogique qui semble aller de soi, cependant cette pédagogie n’ambitionne pas de passer par l’explication didactique -« comment se déroule une recherche ? »-, si tant est que cela soit possible, mais par l’immersion des visiteurs dans les matériaux de recherche. C’est là toute la pertinence de l’exposition : ne pas chercher à expliquer, mais faire comprendre par la sollicitation des sens du visiteur : dispositifs vidéo, dispositifs sonores, mises en scènes visuelles, tactiles, la recherche prend forme, consistance, devient palpable. Elle s’expose. Par le truchement d’extraits d’entretiens auprès des sans domicile fixe, par les interviews de chercheurs, la diffusion de documentaires, films, croquis, la mise en scène de photographies, chronotypes et situations, les résultats de la recherche deviennent saisissables par chacun.

 

Cette volonté (et ce risque) de rendre accessible la recherche et ses résultats est au cœur de la manifestation. La thématique - l’espace public et les sans domicile fixe- n’est pas étrangère à cet objectif auquel nous tenons fermement. Il y a là un double enjeu : celui que repère avec précision la philosophe américaine Martha Nussbaum[1] concernant « la fragilité du bien commun », et  « l’intelligence des émotions » au coeur du partage de l’espace public contemporain et, celui des choix en matière de justice sociale et de politiques publiques.

Plus concrètement, le premier enjeu se dévoile dans l’aménagement des espaces publics, dans les relations en public, dans les tensions entre le privé, l’intime et le public et, le second, dans les récentes orientations des politiques publiques privilégiant l’accès au «chez soi» (Housing first). Ils se lisent également dans la manière dont la recherche en sciences sociales ne négligent pas les affects et les émotions dans l’approche sensible du phénomène ; au contraire ils deviennent outils de connaissance, complémentairement à ceux de la raison.

Par ailleurs, la spécificité de la recherche sur les situations limites de sans-abrisme dans les pays riches, les contraintes auxquelles elle doit faire face ont été matière à élaborer des méthodes et à initier de nouvelles démarches de recherche, utiles dans d’autres domaines de recherche et/ou dans d’autres disciplines : pour exemple, l’enrichissement de la méthode des récits de vie. La recherche sur les écritures biographiques sera ainsi mise en scène dans l’exposition.

 



[1] Les émotions démocratiques, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Solange Chavel, Climats, 2011.


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